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Comment négocier son salaire en entretien ? 10 techniques efficaces

Comment négocier son salaire en entretien quand on change de job

Changer d’entreprise constitue l’un des meilleurs moments pour négocier son salaire. Contrairement à une augmentation interne, où l’employeur raisonne souvent à partir de votre rémunération actuelle et de sa politique salariale, un recrutement permet de redéfinir votre valeur en fonction du marché, du poste proposé et de ce que vous pouvez apporter à votre futur employeur. Comment négocier son salaire en entretien?

Mais réussir une négociation salariale ne consiste pas à annoncer le chiffre le plus élevé possible. Il faut déterminer sa valeur de marché, comprendre le budget de l’entreprise, préparer ses arguments et négocier l’ensemble de la rémunération : fixe, variable, bonus, participation, intéressement, avantages en nature, télétravail, actions ou BSPCE, congés et perspectives d’évolution.

Il existe également de véritables techniques de négociation applicables à un entretien : BATNA, ZOPA, anchoring, concessions conditionnelles ou négociation du package global.

Voici comment les utiliser concrètement.

Pourquoi faut-il presque toujours négocier une offre de salaire ?

Une proposition salariale est rarement un chiffre totalement arbitraire. L’entreprise dispose généralement d’une fourchette déterminée à partir du poste, des rémunérations internes et du marché.

Mais la première proposition n’est pas nécessairement le maximum que l’entreprise est disposée à verser.

L’Apec recommande explicitement de préparer une contre-proposition lorsqu’une offre est inférieure aux attentes du candidat et de négocier, si nécessaire, d’autres composantes de la rémunération. Elle conseille également de définir à l’avance un minimum acceptable et un objectif.

Cela ne signifie pas qu’il faut négocier agressivement. Une bonne négociation cherche un montant que le candidat considère satisfaisant et que l’employeur peut défendre en interne.

C’est précisément ce que les spécialistes de la négociation appellent une ZOPA, ou Zone of Possible Agreement : la zone dans laquelle les intérêts des deux parties peuvent se rencontrer.

Combien demander lorsque l’on change d’entreprise ?

On entend souvent qu’un changement d’entreprise doit permettre d’obtenir 20 % d’augmentation.

Ce chiffre peut constituer un objectif intéressant dans certaines situations, mais il ne doit pas devenir une règle automatique.

L’Apec montre bien que la mobilité externe augmente la probabilité d’obtenir une hausse de rémunération : en 2025, 64 % des cadres ayant changé d’entreprise sans passer par une période de chômage ont vu leur rémunération progresser. À titre de comparaison, seuls 49 % des cadres n’ayant connu aucune mobilité interne avaient été augmentés.

En revanche, cette statistique ne signifie pas que l’augmentation moyenne est de 20 %.

Une hausse de 15 à 20 % peut être parfaitement défendable lorsque le changement s’accompagne d’une augmentation importante du périmètre, d’un passage au management, d’une expertise rare, d’une prise de responsabilité commerciale ou lorsque le candidat était auparavant sous-payé par rapport au marché.

À l’inverse, demander systématiquement +20 % simplement parce que l’on change d’employeur peut rapidement faire perdre en crédibilité.

La bonne question n’est donc pas :

« Combien dois-je ajouter à mon salaire actuel ? »

mais plutôt :

« Quelle est la valeur de ce poste et de mon profil sur le marché aujourd’hui ? »

C’est une distinction fondamentale.

Ne négociez pas à partir de votre ancien salaire

Supposons qu’un candidat gagne 50 000 € alors que son profil vaut aujourd’hui environ 65 000 € sur le marché.

S’il raisonne uniquement en pourcentage et demande +10 %, il réclamera 55 000 €.

Il vient en réalité de négocier contre lui-même.

À l’inverse, une personne rémunérée 70 000 € qui postule à un métier normalement payé 72 000 € ne peut pas nécessairement justifier 84 000 € au seul motif qu’elle souhaite +20 %.

La référence pertinente est donc un ensemble composé du marché, du niveau de responsabilité, de la localisation, du secteur, de la taille de l’entreprise et de votre niveau d’expertise.

L’Apec publie justement des données de rémunération par famille de métiers, séniorité, localisation et responsabilités. Pour les cadres du privé, la rémunération annuelle brute médiane, fixe et variable compris, s’établissait à 55 000 € en 2025, mais avec des différences considérables entre métiers.

Avant de négocier, définissez trois chiffres

Une négociation salariale devient beaucoup plus simple lorsque trois niveaux sont déterminés à l’avance.

Niveau Exemple Signification
Minimum acceptable 60 k€ En dessous, vous préférez refuser
Objectif 65 k€ Le résultat que vous considérez comme juste
Ancre de négociation 68–70 k€ Le niveau à partir duquel vous ouvrez la discussion

Ces trois montants ne doivent pas être inventés. Ils doivent être cohérents avec les données du marché et votre profil.

Cette préparation évite surtout une erreur fréquente : improviser son chiffre sous la pression du recruteur.

La BATNA : votre meilleure arme de négociation

La BATNA — Best Alternative To a Negotiated Agreement — désigne votre meilleure option si vous ne parvenez pas à un accord.

Dans une négociation de salaire, votre BATNA peut être :

  • rester chez votre employeur actuel ;
  • accepter une autre proposition ;
  • continuer votre recherche ;
  • accepter une promotion interne.

Avoir une bonne BATNA augmente considérablement votre pouvoir de négociation. Le Program on Negotiation de Harvard souligne qu’une alternative crédible permet d’évaluer les propositions plus sereinement et de refuser un accord insuffisant.

C’est pourquoi avoir une deuxième offre d’emploi est probablement l’un des leviers de négociation les plus puissants.

Il ne s’agit surtout pas d’inventer une offre concurrente. Un bluff découvert peut détruire instantanément la confiance.

En revanche, lorsque l’offre existe réellement, il est parfaitement légitime de l’expliquer.

Par exemple :

« Votre poste reste celui qui m’intéresse le plus. J’ai néanmoins une autre proposition à 68 k€. Si nous pouvons nous rapprocher de ce niveau, cela faciliterait clairement ma décision. »

La différence est importante : vous ne menacez pas. Vous donnez une information qui modifie objectivement votre BATNA.

L’anchoring : celui qui pose le premier chiffre influence la négociation

L’une des techniques les mieux documentées en négociation est l’ancrage, ou anchoring.

Le premier chiffre crédible formulé influence fortement les chiffres qui viennent ensuite. Le Program on Negotiation de Harvard rappelle que les premières offres ont tendance à structurer toute la négociation et que celui qui pose une première offre peut obtenir de meilleurs résultats lorsqu’il maîtrise suffisamment bien la valeur du marché.

Prenons un poste dont la valeur raisonnable se situe entre 60 et 70 k€.

Si l’entreprise commence par :

« Nous pensions à 58 k€. »

il devient psychologiquement plus difficile de répondre 70 k€.

Vous risquez de dire 62 ou 63 k€ et de rester prisonnier de l’ancre initiale.

Inversement, si vous êtes bien informé et annoncez :

« Au regard du périmètre et des niveaux que j’observe sur le marché, je me positionne plutôt autour de 68 à 72 k€. »

vous déplacez immédiatement le centre de gravité de la discussion.

Faut-il donner son salaire en premier ?

Il existe ici deux stratégies valables.

Si vous connaissez très bien le marché et le budget probable de l’entreprise, poser une première ancre peut être avantageux.

Si vous manquez d’informations, mieux vaut essayer d’obtenir d’abord la fourchette du recruteur.

L’Apec recommande notamment de demander :

« Quelle est la fourchette salariale envisagée pour le poste ? »

avant de dévoiler ses propres prétentions lorsque c’est possible.

Vous récupérez ainsi une information précieuse sans avoir encore limité vos possibilités.

Demandez un peu plus que votre véritable objectif

C’est l’une des techniques les plus simples.

Si votre objectif réel est 65 k€, commencer directement à 65 k€ vous laisse très peu d’espace pour négocier.

Si vous demandez 68 ou 70 k€, l’entreprise peut faire une contre-proposition à 65 ou 66 k€ et chacun aura le sentiment d’avoir fait un mouvement.

Mais l’ancre doit rester ambitieuse et crédible.

Demander 90 k€ pour un poste dont le marché est clairement compris entre 55 et 65 k€ n’est pas une stratégie d’ancrage efficace. Cela peut simplement suggérer que vous ne connaissez pas le marché ou que les attentes sont incompatibles.

Le Program on Negotiation souligne précisément que l’ancrage fonctionne mieux lorsque le négociateur dispose d’une bonne connaissance de la zone de négociation.

Une fourchette peut être plus efficace qu’un chiffre unique

Une autre possibilité consiste à annoncer une fourchette relativement serrée.

Par exemple :

« Compte tenu du périmètre, je me situe autour de 67 à 72 k€ de package. »

Le bas de votre fourchette ne doit cependant jamais être inférieur à ce que vous êtes réellement prêt à accepter.

Des travaux sur la négociation montrent qu’une fourchette d’ancrage orientée vers le haut peut conserver une certaine flexibilité tout en tirant la négociation vers l’objectif souhaité.

Évitez donc :

« Entre 55 et 70 k€. »

Dans les faits, le recruteur retiendra souvent 55.

Préférez :

« Je vise plutôt 65 à 70 k€. »

si 65 représente effectivement votre niveau acceptable.

Ne négociez pas seulement le salaire fixe

C’est probablement l’erreur la plus fréquente.

La rémunération d’un salarié ne se limite pas au montant qui apparaît dans la ligne « salaire fixe ».

Le droit français considère d’ailleurs que la rémunération peut inclure des sommes versées en argent ainsi que des avantages en nature.

Il faut donc raisonner en rémunération globale.

Élément Ce qu’il faut vérifier
Salaire fixe Brut annuel, 12 ou 13 mois
Variable individuel Montant cible, critères, plafond
Bonus Contractuel ou discrétionnaire
Commission Taux, déclenchement, accélérateurs
Participation Redistribution liée aux bénéfices
Intéressement Prime liée aux résultats ou performances
PEE / PER collectif Abondement éventuel de l’entreprise
Actions / BSPCE Quantité, valorisation, vesting, conditions
Avantages en nature Voiture, logement, repas…
Télétravail Nombre de jours et flexibilité
Congés / RTT Nombre réel de jours disponibles
Protection sociale Mutuelle et prévoyance
Formation Budget et certifications
Revue salariale Possibilité de réévaluation à 6 ou 12 mois

L’intéressement dépend notamment d’objectifs ou de performances définis par l’entreprise, tandis que la participation redistribue une partie de ses bénéfices. Ce sont donc deux mécanismes différents qu’il convient d’intégrer à l’évaluation d’un package.

Négocier du variable peut débloquer une situation

Imaginons que vous demandiez 70 k€ alors que l’entreprise affirme ne pas pouvoir dépasser 65 k€ de fixe.

La discussion n’est pas nécessairement terminée.

Vous pourriez proposer :

65 k€ fixe + 5 k€ de variable sur objectifs.

Pour le candidat, le package cible reste de 70 k€.

Pour l’entreprise, une partie de l’effort salarial devient conditionnée à la réalisation de résultats.

Ce mécanisme peut être particulièrement pertinent pour des commerciaux, managers, consultants, recruteurs, responsables de BU ou fonctions disposant d’indicateurs mesurables.

L’Apec indique d’ailleurs qu’environ un cadre sur deux bénéficie d’une rémunération variable, laquelle représente en moyenne 11,2 % de la rémunération totale des cadres, avec une présence particulièrement importante dans les fonctions commerciales.

Mais il faut vérifier précisément les conditions.

Un package de « 70 k€ » composé de 55 k€ fixe et de 15 k€ de variable quasiment impossible à obtenir n’équivaut évidemment pas à 70 k€ garantis.

Demandez donc quel pourcentage des collaborateurs atteint 100 % de son variable, sur quels critères il est calculé et s’il est plafonné.

Faites des concessions conditionnelles, jamais gratuites

Une bonne négociation fonctionne sur le principe :

« Si vous faites X, je peux faire Y. »

et non :

« D’accord, je baisse. »

Supposons que vous demandiez 70 k€ et que l’entreprise propose 64 k€.

Plutôt que de répondre immédiatement :

« Je peux descendre à 67. »

vous pouvez dire :

« Si nous arrivons à 67 k€ avec une revue salariale contractuellement prévue dans six mois, je pense que nous pouvons trouver un accord. »

Votre concession obtient ainsi une contrepartie.

La négociation reste un échange et non une succession de renoncements.

Si le fixe est bloqué, négociez autre chose

Un manager peut réellement ne plus avoir de marge sur le salaire fixe.

Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il n’existe plus aucune marge de négociation.

L’Apec recommande notamment d’explorer le bonus, les avantages en nature ou une clause de révision salariale lorsque le fixe ne peut plus évoluer.

Il peut alors être possible de négocier 5 k€ de variable supplémentaire, un bonus de bienvenue, davantage de télétravail, des actions ou BSPCE, une voiture de fonction, un budget formation, davantage de congés ou une revue salariale à six mois.

Les avantages en nature peuvent représenter une valeur économique significative. L’Urssaf reconnaît notamment comme tels la mise à disposition d’un véhicule, d’un logement ou de repas pris en charge par l’employeur.

Le bonus de bienvenue : une excellente solution pour compenser ce que vous perdez

Changer d’entreprise peut faire perdre une prime, un variable en cours d’acquisition, une participation ou des actions.

Il est possible de demander un signing bonus ou bonus de bienvenue compensant tout ou partie de cette perte.

L’argument est beaucoup plus facile à défendre que :

« J’aimerais 5 000 € supplémentaires. »

Vous pouvez expliquer :

« En quittant mon entreprise avant mars, je renonce à environ 6 000 € de bonus annuel. Serait-il possible de prévoir une prime de bienvenue permettant de neutraliser une partie de cette perte ? »

Vous transformez ainsi une demande arbitraire en problème concret à résoudre.

N’oubliez pas la participation et l’intéressement

Deux entreprises proposant exactement le même fixe ne proposent pas forcément la même rémunération réelle.

La participation permet de redistribuer une partie des bénéfices de l’entreprise aux salariés. L’intéressement repose, lui, sur des objectifs ou performances déterminés par un accord.

Il faut donc demander les montants effectivement versés lors des dernières années, et pas seulement savoir si les dispositifs existent.

Une entreprise annonçant :

« 60 k€ + participation et intéressement »

peut en pratique proposer un package moyen de 62 k€ comme de 70 k€ selon ses performances et ses dispositifs.

La différence est considérable.

Comparez les offres en valeur annuelle réelle

Supposons que vous deviez choisir entre deux entreprises :

Entreprise A Entreprise B
Fixe 70 k€ 65 k€
Variable réaliste 2 k€ 7 k€
Participation / intéressement moyen 0 € 4 k€
Abondement 0 € 2 k€
Valeur avantages 1 k€ 2 k€
Package économique estimé 73 k€ 80 k€

Une comparaison limitée au fixe ferait choisir A.

Une analyse de rémunération globale peut conduire exactement à l’inverse.

Il faut néanmoins distinguer le garanti du potentiel. Le fixe vaut davantage qu’un bonus hypothétique de même montant.

Ne sous-estimez pas les éléments non financiers

Tout ne se convertit pas parfaitement en euros.

Un poste à 65 k€ avec quatre jours de télétravail peut être plus intéressant pour certaines personnes qu’un poste à 70 k€ nécessitant dix heures supplémentaires de transport chaque semaine.

Il faut donc valoriser également la flexibilité, le temps de trajet, les horaires, la qualité du management, le contenu du poste, les responsabilités, la formation, le titre, les perspectives de promotion et la stabilité de l’entreprise.

La négociation n’a pas seulement pour objectif de maximiser le salaire de l’année 1, mais aussi d’améliorer la trajectoire professionnelle des années suivantes.

Utilisez les résultats, pas vos besoins personnels

Un recruteur ne peut pas réellement justifier une rémunération supérieure auprès de sa direction parce que votre loyer a augmenté.

Il peut en revanche défendre :

« Cette personne a développé un portefeuille de 3 M€, managé 12 collaborateurs et maîtrise une technologie rare dont nous avons besoin. »

Vos arguments doivent donc porter sur votre valeur économique et professionnelle.

Comparez :

« J’aimerais 70 k€ parce que la vie à Paris coûte cher. »

avec :

« Le périmètre comprend désormais le management de huit personnes et la responsabilité du budget. Sur des responsabilités équivalentes, les niveaux de marché que j’observe se situent autour de 65 à 70 k€. Compte tenu de mon expérience, je souhaiterais donc que nous nous rapprochions de 68 k€. »

Le deuxième argument est beaucoup plus facile à défendre.

Utilisez le silence

Une technique très simple est de ne pas négocier contre soi-même.

Imaginez :

Recruteur : « Nous pouvons proposer 62 k€. »

Candidat : « J’avais plutôt 68 k€ en tête. »

Puis… silence.

Une erreur classique consiste à poursuivre immédiatement :

« Mais 65 pourrait peut-être fonctionner… »

Vous venez de vous faire une contre-proposition avant même que votre interlocuteur ait répondu.

Annoncez votre position, justifiez-la brièvement, puis laissez l’autre partie réfléchir.

Évitez de faire plusieurs concessions successives

Supposons :

70 → 68 → 66 → 65 k€.

Si ces concessions se produisent rapidement sans mouvement équivalent du recruteur, vous lui apprenez simplement qu’il suffit d’attendre pour obtenir une nouvelle baisse.

Au contraire, réduisez progressivement l’ampleur de vos concessions.

Par exemple :

70 → 68 → 67.

Cela signale naturellement que vous approchez de votre limite.

Utilisez une autre offre intelligemment

Une offre concurrente doit renforcer votre position, pas donner l’impression que vous organisez une vente aux enchères.

Évitez :

« J’ai 72 ailleurs, à vous de faire mieux. »

Préférez :

« Je souhaite être transparent : j’ai reçu une autre proposition à 72 k€. Votre projet m’intéresse davantage pour le périmètre, mais l’écart de rémunération est suffisamment important pour entrer dans ma décision. Y a-t-il une possibilité de nous rapprocher ? »

Vous conservez ainsi une logique collaborative.

Attention à la fausse offre concurrente

Inventer une offre constitue une stratégie à très mauvais rapport risque/rendement.

Le recruteur peut simplement répondre :

« C’est une très bonne proposition, je vous conseille de l’accepter. »

Vous voilà obligé de choisir entre perdre le poste ou reconnaître le bluff.

Une BATNA n’a de valeur que si elle existe réellement.

N’acceptez pas immédiatement une offre

Même lorsqu’une proposition vous convient, il n’est généralement pas nécessaire de répondre dans les trente secondes.

L’Apec recommande de prendre un délai raisonnable pour analyser l’offre dans sa globalité.

Vous pouvez simplement répondre :

« Merci, je suis vraiment intéressé. Je voudrais simplement regarder tranquillement l’ensemble du package avant de vous confirmer ma réponse. Puis-je revenir vers vous demain ? »

Cela permet de sortir de la pression émotionnelle de l’entretien et de calculer correctement la valeur de l’offre.

Que répondre quand on vous demande votre salaire actuel ?

Le sujet peut être délicat.

Votre rémunération actuelle n’est pas nécessairement une indication pertinente de la valeur du futur poste.

Vous pouvez donc recentrer la conversation :

« Je préfère raisonner sur le périmètre de ce poste et sa valeur de marché. Au regard des responsabilités évoquées, je recherche un package autour de 65 à 70 k€. »

Vous ne refusez pas brutalement la discussion : vous replacez simplement l’ancre au bon endroit.

Une négociation salariale complète en exemple

Prenons un candidat actuellement rémunéré 55 k€ + 5 k€ de variable, soit 60 k€ de package.

Il souhaite changer d’entreprise et estime que le nouveau poste, qui comprend davantage de management, vaut entre 65 et 72 k€.

Il détermine :

BATNA : rester dans son entreprise à 60 k€.

Minimum : 64 k€.

Objectif : 68 k€.

Ancre : 70–72 k€.

L’entreprise propose 63 k€.

Le candidat ne répond pas immédiatement 65 k€.

Il explique que le périmètre est sensiblement supérieur à son poste actuel, que les données de marché justifient un niveau plus important et qu’il se positionne autour de 70 k€.

L’entreprise monte à 66 k€.

Il propose alors :

« Si nous pouvons arriver à 67 k€ fixe, ou construire un package à 67 k€ avec une partie variable clairement définie et une revue à six mois, je serais en mesure de me projeter rapidement. »

Le résultat peut finalement être :

65 k€ fixe + 3 k€ variable + revue salariale à 6 mois.

Il n’a pas obtenu son ancre de 70 k€. Mais il est passé d’une offre initiale de 63 k€ à un package cible de 68 k€.

C’est précisément le rôle d’une négociation réussie.

Les 10 règles à retenir sur comment négocier son salaire en entretien

Avant l’entretien, déterminez votre valeur de marché, votre minimum, votre objectif et votre BATNA. Essayez d’obtenir la fourchette de l’entreprise avant d’annoncer votre chiffre si vous manquez d’informations. Lorsque vous connaissez très bien le marché, utilisez au contraire l’anchoring à votre avantage. Demandez légèrement plus que votre objectif réel, mais restez dans une zone crédible. Appuyez votre demande sur des résultats et des responsabilités, jamais sur vos dépenses personnelles. Une autre offre réelle renforce considérablement votre capacité de négociation. Négociez le package complet et pas uniquement le fixe. Faites des concessions conditionnelles et évitez de négocier contre vous-même. Si le fixe est bloqué, explorez variable, bonus, avantages ou revue salariale. Enfin, prenez le temps d’analyser l’offre avant de l’accepter.

Faut-il toujours chercher 20 % de plus en changeant d’entreprise ?

Non.

Mais il serait également dommage de changer d’entreprise pour 3 % de plus si vous prenez davantage de risques, abandonnez votre ancienneté, repartez sur une période d’essai et acceptez davantage de responsabilités.

Le changement d’employeur constitue donc un moment particulièrement pertinent pour repositionner votre rémunération sur le marché.

Une progression de 10, 15 ou parfois 20 % peut être tout à fait cohérente lorsqu’elle est justifiée par le marché et le nouveau périmètre.

L’objectif n’est pas de maximiser artificiellement le pourcentage d’augmentation. Il est d’obtenir le meilleur accord réaliste compte tenu de votre valeur, de vos alternatives et du budget de l’entreprise.

La négociation salariale la plus efficace est finalement assez éloignée du marchandage : elle repose sur des données, une bonne préparation, des alternatives crédibles et la capacité à comprendre ce qui compte également pour l’autre partie.

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